Chutes de plain-pied : évaluation et prévention
Les chutes de plain-pied sont la deuxième cause d'accidents du travail en France, toutes branches confondues. Elles résultent de sols glissants, encombrés, dénivellations, câbles au sol ou défaut d'éclairage. Elles touchent tous les secteurs d'activité.
Sommaire
Qu'est-ce que le risque de chute de plain-pied ?
Le risque de chute de plain-pied désigne toute chute survenant au même niveau que le sol ou la surface de travail. Il se distingue du risque de chute de hauteur, qui implique une différence de niveau. Les chutes de plain-pied incluent les glissades sur sol mouillé ou gras, les trébuchements sur un obstacle (câble, seuil, inégalité de sol) et les pertes d'équilibre dues à un encombrement des circulations.
Les causes principales sont multiples : état du sol (humidité, graisse, poussière, verglas), qualité de l'éclairage des zones de circulation, encombrement des passages, port de charges lourdes (manutention manuelle) qui réduit le champ de vision et déséquilibre la marche, chaussures inadaptées et précipitation liée aux cadences de travail.
Bien que souvent perçues comme bénignes, les chutes de plain-pied provoquent des lésions graves dans 25% des cas : fractures du poignet, de la cheville ou du col du fémur, traumatismes crâniens, entorses ligamentaires avec séquelles permanentes.
Référence légale« Les lieux de travail intérieurs et extérieurs sont aménagés de telle façon que la circulation des piétons puisse se faire de manière sûre. »
— Art. R.4224-3 du Code du travail
Pourquoi évaluer le risque de chute de plain-pied dans le DUERP ?
L'évaluation des chutes de plain-pied dans le DUERP est incontournable car ce risque touche la quasi-totalité des entreprises, quel que soit leur secteur d'activité. Les métiers de service, de nettoyage, de restauration et de commerce sont particulièrement exposés, mais aucun environnement de travail n'est exempt.
L'enjeu économique est considérable : le coût moyen d'un accident de plain-pied est estimé à 10 000 € (coûts directs et indirects). Pour une PME, la survenue de plusieurs accidents de ce type peut représenter une charge financière significative via la majoration du taux de cotisation AT/MP.
Quelles situations exposent au risque de chute de plain-pied ?
Les chutes de plain-pied surviennent dans des circonstances variées et touchent tous les secteurs d'activité. L'INRS identifie quatre grandes familles de situations à risque.
Sols glissants ou mouillés
Sols humides après nettoyage, projections de graisse en cuisine, flaques d'eau ou d'huile en atelier, verglas sur les accès extérieurs. Le risque est maximal dans les zones de transition (intérieur/extérieur) et les cuisines.
Encombrement des circulations
Cartons, câbles au sol, matériel stocké dans les allées, déchets non évacués. Les circulations encombrées obligent à des contournements et réduisent la vigilance, surtout en période d'activité intense.
Défauts du revêtement de sol
Dalles décollées, trous, seuils non signalés, différences de niveau, marches isolées, revêtement usé ou dégradé. Ces défauts permanents génèrent des chutes répétées aux mêmes endroits.
Éclairage insuffisant
Zones de circulation mal éclairées, zones d'ombre, éblouissement par le soleil ou un éclairage mal orienté. Un éclairage insuffisant empêche de percevoir les obstacles et les irrégularités du sol.
Port de charges et précipitation
Le transport manuel de charges volumineuses réduit le champ de vision et modifie l'équilibre. Combiné à la précipitation (cadences, retard), le risque de chute est multiplié par 3 selon l'INRS.
Comment prévenir les chutes de plain-pied ?
La prévention des chutes de plain-pied repose avant tout sur l'aménagement des lieux de travail et l'organisation des flux de circulation. Les mesures techniques sont souvent simples et peu coûteuses, mais leur efficacité dépend d'une mise en œuvre rigoureuse et d'un entretien régulier.
Aménagement des sols et circulations
Revêtements antidérapants
Poser des revêtements de sol à coefficient de frottement élevé (R10 à R13 selon la norme DIN 51130), notamment dans les zones humides : cuisines, sanitaires, entrées, quais.
Suppression des dénivellations
Éliminer les seuils, marches isolées et différences de niveau. Quand c'est impossible, les signaler par un marquage au sol contrasté et installer des rampes conformes.
Maintenance des sols
Réparer immédiatement les dalles cassées, trous et fissures. Mettre en place un plan de maintenance préventive des revêtements de sol avec vérification trimestrielle.
Organisation et propreté
Rangement systématique
Dégager les circulations de tout obstacle : câbles au sol (utiliser des goulottes ou des passages aériens), cartons, matériel. Appliquer la méthode 5S dans les ateliers et entrepôts.
Protocole de nettoyage adapté
Nettoyer les sols régulièrement avec des produits non gras. En cas de sol mouillé, baliser la zone avec des panneaux « sol glissant » et sécher rapidement.
Gestion des déversements
Mettre à disposition des kits absorbants dans les zones à risque (ateliers, cuisines, quais). Définir une procédure de nettoyage immédiat en cas de déversement.
Éclairage et signalisation
Éclairage conforme des circulations
Assurer un éclairement de 100 lux minimum dans les couloirs, 150 lux dans les escaliers, 300 lux dans les zones de travail. Supprimer les zones d'ombre.
Signalisation des zones à risque
Marquer au sol les seuils, marches, pentes et obstacles fixes. Utiliser des bandes antidérapantes photoluminescentes dans les escaliers.
Équipements individuels et formation
Chaussures de sécurité antidérapantes
Fournir des chaussures avec semelles antidérapantes normalisées (norme EN ISO 20345, marquage SRA/SRB/SRC selon le type de sol). Renouveler régulièrement les semelles usées.
Sensibilisation des salariés
Former les salariés à la détection des situations à risque, au signalement des anomalies et aux bonnes pratiques de déplacement (ne pas courir, tenir la rampe dans les escaliers).
Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.
Comment intégrer le risque de chute de plain-pied dans votre DUERP ?
L'intégration du risque de chute de plain-pied dans le Document Unique concerne toutes les unités de travail sans exception. Ce risque transversal doit être évalué pour chaque zone de l'entreprise.
Cartographier les zones de circulation
30 minÉtablir un plan des circulations piétonnes intérieures et extérieures : couloirs, escaliers, accès, vestiaires, parkings, quais de chargement. Identifier les zones de croisement avec les véhicules.
Inspecter l'état des sols
1-2hPour chaque zone, vérifier l'état du revêtement, la présence d'obstacles, les conditions d'éclairage, l'encombrement des passages et les conditions d'entretien (fréquence de nettoyage, produits utilisés).
Analyser l'accidentologie
30 minRecenser les accidents et presque-accidents liés aux chutes de plain-pied sur les 3 dernières années. Identifier les zones récurrentes, les circonstances (heure, activité) et les facteurs contributifs.
Coter gravité et probabilité
20 minÉvaluer pour chaque situation : la gravité potentielle (contusion à fracture), la fréquence d'exposition (passage occasionnel vs permanent) et l'efficacité des mesures existantes.
Programmer les actions correctives
30 minPrioriser les actions : remplacement des sols dégradés, installation d'éclairage, pose de bandes antidérapantes, réorganisation du stockage. Fixer un responsable, un délai et un budget pour chaque action.
Réglementation applicable aux chutes de plain-pied
La réglementation relative aux chutes de plain-pied est intégrée dans les dispositions générales du Code du travail sur l'aménagement des lieux de travail (partie IV, livre II, titre II).
Aménagement des lieux de travail
Art. R.4224-1 à R.4224-24Les lieux de travail doivent être aménagés de manière à permettre la circulation sûre des personnes. Les sols doivent être fixes, stables et non glissants. Les passages et circulations doivent être libres de tout obstacle.
Éclairage des lieux de travail
Art. R.4223-1 à R.4223-12Les locaux de travail et les circulations doivent disposer d'un éclairage suffisant, adapté à la nature de l'activité. Les niveaux d'éclairement minimaux sont fixés par arrêté.
Voies de circulation
Art. R.4224-3 à R.4224-7Les voies de circulation intérieures et extérieures doivent être dimensionnées pour permettre une circulation aisée. Les zones dangereuses doivent être signalées. Les sols extérieurs doivent être aménagés pour éviter les stagnations d'eau.
Obligations de l'employeur en matière de prévention
Art. L.4121-1 à L.4121-5L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique des travailleurs, y compris en aménageant les postes et les lieux de travail.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Risques associés et métiers concernés