Chutes de plain-pied : évaluation et prévention

Les chutes de plain-pied sont la deuxième cause d'accidents du travail en France, toutes branches confondues. Elles résultent de sols glissants, encombrés, dénivellations, câbles au sol ou défaut d'éclairage. Elles touchent tous les secteurs d'activité.

170 000AT/an
12MJournées perdues/an
18%Des AT avec arrêt
Conforme Art. R4121-1PDF immédiatMis à jour 2026

Qu'est-ce que le risque de chute de plain-pied ?

Le risque de chute de plain-pied désigne toute chute survenant au même niveau que le sol ou la surface de travail. Il se distingue du risque de chute de hauteur, qui implique une différence de niveau. Les chutes de plain-pied incluent les glissades sur sol mouillé ou gras, les trébuchements sur un obstacle (câble, seuil, inégalité de sol) et les pertes d'équilibre dues à un encombrement des circulations.

Les causes principales sont multiples : état du sol (humidité, graisse, poussière, verglas), qualité de l'éclairage des zones de circulation, encombrement des passages, port de charges lourdes (manutention manuelle) qui réduit le champ de vision et déséquilibre la marche, chaussures inadaptées et précipitation liée aux cadences de travail.

Bien que souvent perçues comme bénignes, les chutes de plain-pied provoquent des lésions graves dans 25% des cas : fractures du poignet, de la cheville ou du col du fémur, traumatismes crâniens, entorses ligamentaires avec séquelles permanentes.

Référence légale

« Les lieux de travail intérieurs et extérieurs sont aménagés de telle façon que la circulation des piétons puisse se faire de manière sûre. »

Art. R.4224-3 du Code du travail

Pourquoi évaluer le risque de chute de plain-pied dans le DUERP ?

L'évaluation des chutes de plain-pied dans le DUERP est incontournable car ce risque touche la quasi-totalité des entreprises, quel que soit leur secteur d'activité. Les métiers de service, de nettoyage, de restauration et de commerce sont particulièrement exposés, mais aucun environnement de travail n'est exempt.

L'enjeu économique est considérable : le coût moyen d'un accident de plain-pied est estimé à 10 000 € (coûts directs et indirects). Pour une PME, la survenue de plusieurs accidents de ce type peut représenter une charge financière significative via la majoration du taux de cotisation AT/MP.

Inspection des lieux de travail

Parcourir l'ensemble des circulations, escaliers, accès et zones de stockage pour repérer les défauts de sol, les encombrements et les zones mal éclairées.

Outil : Grille d'audit INRS ED 6291

Analyse des accidents et incidents

Exploiter le registre des accidents bénins, les déclarations d'AT et les remontées terrain pour identifier les zones et circonstances récurrentes de chute.

Outil : Arbre des causes / registre AT

Mesure de la glissance des sols

Utiliser un tribomètre ou un pendule SRT pour mesurer le coefficient de frottement des revêtements de sol, notamment dans les zones humides ou grasses.

Outil : Pendule SRT (norme NF EN 13036-4)

Mesure de l'éclairement

Vérifier les niveaux d'éclairement dans les circulations avec un luxmètre. Les zones de passage doivent être éclairées à 100 lux minimum.

Outil : Luxmètre

Quelles situations exposent au risque de chute de plain-pied ?

Les chutes de plain-pied surviennent dans des circonstances variées et touchent tous les secteurs d'activité. L'INRS identifie quatre grandes familles de situations à risque.

Sols glissants ou mouillés

Sols humides après nettoyage, projections de graisse en cuisine, flaques d'eau ou d'huile en atelier, verglas sur les accès extérieurs. Le risque est maximal dans les zones de transition (intérieur/extérieur) et les cuisines.

RestaurationNettoyageIndustrieGrande distribution

Encombrement des circulations

Cartons, câbles au sol, matériel stocké dans les allées, déchets non évacués. Les circulations encombrées obligent à des contournements et réduisent la vigilance, surtout en période d'activité intense.

LogistiqueCommerceBTPIndustrie

Défauts du revêtement de sol

Dalles décollées, trous, seuils non signalés, différences de niveau, marches isolées, revêtement usé ou dégradé. Ces défauts permanents génèrent des chutes répétées aux mêmes endroits.

HôtellerieSantéCommerceTous secteurs

Éclairage insuffisant

Zones de circulation mal éclairées, zones d'ombre, éblouissement par le soleil ou un éclairage mal orienté. Un éclairage insuffisant empêche de percevoir les obstacles et les irrégularités du sol.

EntrepôtsParkingEscaliersExtérieurs

Port de charges et précipitation

Le transport manuel de charges volumineuses réduit le champ de vision et modifie l'équilibre. Combiné à la précipitation (cadences, retard), le risque de chute est multiplié par 3 selon l'INRS.

LogistiqueGrande distributionDéménagementBTP

Comment prévenir les chutes de plain-pied ?

La prévention des chutes de plain-pied repose avant tout sur l'aménagement des lieux de travail et l'organisation des flux de circulation. Les mesures techniques sont souvent simples et peu coûteuses, mais leur efficacité dépend d'une mise en œuvre rigoureuse et d'un entretien régulier.

Aménagement des sols et circulations

Revêtements antidérapants

Poser des revêtements de sol à coefficient de frottement élevé (R10 à R13 selon la norme DIN 51130), notamment dans les zones humides : cuisines, sanitaires, entrées, quais.

Priorité haute

Suppression des dénivellations

Éliminer les seuils, marches isolées et différences de niveau. Quand c'est impossible, les signaler par un marquage au sol contrasté et installer des rampes conformes.

Priorité haute

Maintenance des sols

Réparer immédiatement les dalles cassées, trous et fissures. Mettre en place un plan de maintenance préventive des revêtements de sol avec vérification trimestrielle.

Priorité moyenne

Organisation et propreté

Rangement systématique

Dégager les circulations de tout obstacle : câbles au sol (utiliser des goulottes ou des passages aériens), cartons, matériel. Appliquer la méthode 5S dans les ateliers et entrepôts.

Priorité haute

Protocole de nettoyage adapté

Nettoyer les sols régulièrement avec des produits non gras. En cas de sol mouillé, baliser la zone avec des panneaux « sol glissant » et sécher rapidement.

Priorité haute

Gestion des déversements

Mettre à disposition des kits absorbants dans les zones à risque (ateliers, cuisines, quais). Définir une procédure de nettoyage immédiat en cas de déversement.

Priorité moyenne

Éclairage et signalisation

Éclairage conforme des circulations

Assurer un éclairement de 100 lux minimum dans les couloirs, 150 lux dans les escaliers, 300 lux dans les zones de travail. Supprimer les zones d'ombre.

Priorité haute

Signalisation des zones à risque

Marquer au sol les seuils, marches, pentes et obstacles fixes. Utiliser des bandes antidérapantes photoluminescentes dans les escaliers.

Priorité moyenne

Équipements individuels et formation

Chaussures de sécurité antidérapantes

Fournir des chaussures avec semelles antidérapantes normalisées (norme EN ISO 20345, marquage SRA/SRB/SRC selon le type de sol). Renouveler régulièrement les semelles usées.

Priorité haute

Sensibilisation des salariés

Former les salariés à la détection des situations à risque, au signalement des anomalies et aux bonnes pratiques de déplacement (ne pas courir, tenir la rampe dans les escaliers).

Priorité moyenne

Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.

Comment intégrer le risque de chute de plain-pied dans votre DUERP ?

L'intégration du risque de chute de plain-pied dans le Document Unique concerne toutes les unités de travail sans exception. Ce risque transversal doit être évalué pour chaque zone de l'entreprise.

1

Cartographier les zones de circulation

30 min

Établir un plan des circulations piétonnes intérieures et extérieures : couloirs, escaliers, accès, vestiaires, parkings, quais de chargement. Identifier les zones de croisement avec les véhicules.

2

Inspecter l'état des sols

1-2h

Pour chaque zone, vérifier l'état du revêtement, la présence d'obstacles, les conditions d'éclairage, l'encombrement des passages et les conditions d'entretien (fréquence de nettoyage, produits utilisés).

3

Analyser l'accidentologie

30 min

Recenser les accidents et presque-accidents liés aux chutes de plain-pied sur les 3 dernières années. Identifier les zones récurrentes, les circonstances (heure, activité) et les facteurs contributifs.

4

Coter gravité et probabilité

20 min

Évaluer pour chaque situation : la gravité potentielle (contusion à fracture), la fréquence d'exposition (passage occasionnel vs permanent) et l'efficacité des mesures existantes.

5

Programmer les actions correctives

30 min

Prioriser les actions : remplacement des sols dégradés, installation d'éclairage, pose de bandes antidérapantes, réorganisation du stockage. Fixer un responsable, un délai et un budget pour chaque action.

Notre plateforme automatise l'intégration de ce risque dans votre DUERP.

Réglementation applicable aux chutes de plain-pied

La réglementation relative aux chutes de plain-pied est intégrée dans les dispositions générales du Code du travail sur l'aménagement des lieux de travail (partie IV, livre II, titre II).

Aménagement des lieux de travail

Art. R.4224-1 à R.4224-24

Les lieux de travail doivent être aménagés de manière à permettre la circulation sûre des personnes. Les sols doivent être fixes, stables et non glissants. Les passages et circulations doivent être libres de tout obstacle.

Éclairage des lieux de travail

Art. R.4223-1 à R.4223-12

Les locaux de travail et les circulations doivent disposer d'un éclairage suffisant, adapté à la nature de l'activité. Les niveaux d'éclairement minimaux sont fixés par arrêté.

Voies de circulation

Art. R.4224-3 à R.4224-7

Les voies de circulation intérieures et extérieures doivent être dimensionnées pour permettre une circulation aisée. Les zones dangereuses doivent être signalées. Les sols extérieurs doivent être aménagés pour éviter les stagnations d'eau.

Obligations de l'employeur en matière de prévention

Art. L.4121-1 à L.4121-5

L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique des travailleurs, y compris en aménageant les postes et les lieux de travail.

Mise en conformité des locaux existants

Art. R.4211-1 à R.4211-2

Les maîtres d'ouvrage sont tenus de concevoir les lieux de travail conformément aux prescriptions de sécurité. Pour les locaux existants, une mise en conformité progressive est exigée.

Questions fréquentes

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