Risques allergiques : évaluation et prévention
Les allergies professionnelles sont la deuxième cause de maladies professionnelles en France. Elles se manifestent par des dermatites de contact, de l'asthme professionnel ou des rhinites. Les agents responsables sont nombreux : latex, farines, résines, isocyanates, produits capillaires.
Sommaire
Qu'est-ce que le risque allergique professionnel ?
Le risque allergique professionnel désigne l'ensemble des réactions immunitaires anormales provoquées par l'exposition à des substances présentes dans l'environnement de travail. Ces allergènes peuvent être des agents chimiques (résines, isocyanates, métaux), des poussières organiques (farines, bois) ou des agents biologiques (latex, moisissures).
On distingue les allergies respiratoires (asthme professionnel, rhinite) et les allergies cutanées (dermatite de contact allergique, urticaire). La sensibilisation est irréversible : une fois sensibilisé, le travailleur réagira à des doses de plus en plus faibles de l'allergène.
Les métiers les plus touchés sont la boulangerie (farines), la coiffure (produits capillaires, persulfates), le BTP (ciment, résines époxy) et la santé (latex, aldéhydes).
Référence légale« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
— Art. L.4121-1 du Code du travail
Pourquoi évaluer le risque allergique dans le DUERP ?
L'évaluation du risque allergique dans le DUERP est obligatoire au titre du risque chimique et biologique dès que des salariés sont exposés à des allergènes connus. La reconnaissance d'un asthme professionnel ou d'une dermatite de contact entraîne souvent un reclassement professionnel et un coût significatif pour l'entreprise.
Les allergies professionnelles sont reconnues aux tableaux 65, 66 et 66bis des maladies professionnelles. La substitution des allergènes est la mesure prioritaire.
Quelles situations exposent au risque allergique ?
Les allergies professionnelles surviennent par contact cutané ou par inhalation d'allergènes dans de nombreux métiers.
Farines et poussières de céréales
Les boulangers, pâtissiers et meuniers sont exposés aux farines de blé, seigle et additifs (amylase). L'asthme du boulanger est la première cause d'asthme professionnel en France.
Produits de coiffure et cosmétiques
Colorations (PPD, paraphénylènediamine), persulfates (décoloration), permanentes (thioglycolate). Dermatites de contact et asthme chez les coiffeurs.
Latex et désinfectants en santé
Gants en latex naturel (protéines allergisantes), aldéhydes (glutaraldéhyde, formaldéhyde), ammoniums quaternaires. Allergie immédiate ou retardée.
Résines et colles dans le BTP
Résines époxy (durcisseurs aminés), ciment (chrome VI), isocyanates (mousses PU). Dermatites de contact et asthme professionnel.
Métaux et fluides d'usinage
Chrome, nickel, cobalt dans les alliages. Fluides de coupe contenant des biocides et des amines. Dermatites de contact fréquentes en métallurgie.
Comment prévenir le risque allergique au travail ?
La prévention des allergies professionnelles suit la hiérarchie : substituer l'allergène, réduire l'exposition par captage et ventilation, protéger individuellement et surveiller médicalement.
Substitution des allergènes
Remplacer les produits sensibilisants
Gants sans latex (nitrile ou vinyle), résines sans isocyanates, colorations sans PPD, ciment à faible teneur en chrome VI (< 2 ppm).
Formes moins émissives
Préférer les liquides aux poudres (farines prémélangées, produits en gel plutôt qu'en spray). Réduire l'aérosolisation.
Protection collective
Captage et ventilation
Aspiration localisée au-dessus des postes de pesée et de mélange (farines). Ventilation générale des ateliers. Contrôle annuel des installations.
Confinement des procédés
Encoffrement des machines émettrices de poussières (pétrin, ponceuse). Système de transfert clos pour les poudres.
Protection individuelle
EPI adaptés au risque allergique
Gants nitrile (pas de latex), masque FFP2 pour les poussières, crèmes barrière pour les agents chimiques. Renouvellement fréquent des gants.
Hygiène cutanée
Lavage des mains avec des savons doux (pas de solvants), séchage soigneux, application de crèmes réparatrices. Douche en fin de poste pour les expositions corporelles.
Surveillance médicale
Suivi allergologique
Dépistage à l'embauche (antécédents atopiques), surveillance régulière (spirométrie, prick-tests). Déclaration rapide de toute sensibilisation détectée.
Reclassement professionnel
En cas de sensibilisation confirmée, éviction totale de l'allergène (reclassement de poste). Le maintien de l'exposition aggrave irréversiblement la maladie.
Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.
Comment intégrer le risque allergique dans votre DUERP ?
L'intégration du risque allergique dans le DUERP suit la démarche d'évaluation du risque chimique, avec une attention particulière aux substances sensibilisantes.
Inventorier les allergènes professionnels
1hRecenser les produits contenant des allergènes connus : analyse des FDS (mentions H317, H334), des fiches INRS et de la littérature sur les allergènes du métier.
Identifier les postes exposés
30 minLister les postes manipulant des allergènes, les voies d'exposition (cutanée, respiratoire) et les conditions favorisant la sensibilisation (durée, fréquence, concentration).
Rechercher les substitutions possibles
30 minPour chaque allergène identifié, rechercher des alternatives moins sensibilisantes. Documenter les impossibilités techniques de substitution.
Évaluer les mesures de protection existantes
20 minVérifier le captage à la source, les EPI fournis, la formation des salariés et le suivi médical en place. Identifier les lacunes.
Planifier les actions correctives
20 minProgrammer les substitutions, les installations de captage, les formations et les campagnes de dépistage allergologique.
Réglementation applicable au risque allergique
Le risque allergique professionnel est couvert par la réglementation sur le risque chimique (agents sensibilisants) et par les tableaux de maladies professionnelles spécifiques.
Évaluation du risque chimique
Art. R.4412-5 à R.4412-10Les agents sensibilisants (mentions de danger H317 et H334 du règlement CLP) doivent être identifiés et évalués dans le cadre de l'évaluation du risque chimique.
Asthme professionnel
Tableaux MP 66, 66bisRhinite et asthme professionnels provoqués par des agents spécifiques : farines, isocyanates, aldéhydes, persulfates, amines. Délai de prise en charge : 7 jours.
Dermatites de contact
Tableau MP 65Lésions eczématiformes de mécanisme allergique provoquées par des agents chimiques spécifiques : ciment, résines, métaux, produits de coiffure.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Risques associés et métiers concernés