La cotation est l'étape clé de l'évaluation des risques professionnels. Elle permet de hiérarchiser les risques identifiés dans le DUERP pour définir les priorités d'action. Voici les méthodes de cotation, les grilles d'évaluation et des exemples concrets.
G × F
Formule de base : Gravité × Fréquence d'exposition
4 niveaux
Échelle recommandée pour chaque critère
16
Score maximum de criticité (grille 4×4)
Pourquoi coter les risques ?
Sans cotation, tous les risques se valent. L'employeur ne peut pas prioriser ses actions ni allouer ses ressources efficacement. La cotation permet de :
- Hiérarchiser : distinguer un risque critique d'un risque faible
- Prioriser : traiter en premier les risques les plus élevés
- Justifier : démontrer une démarche rationnelle en cas de contrôle
- Comparer : suivre l'évolution des risques d'une année sur l'autre
- Communiquer : rendre les résultats compréhensibles pour tous les acteurs
Bon à savoir : La cotation n'est pas légalement obligatoire — le Code du travail demande un « inventaire des risques » sans imposer de méthode. Mais elle est fortement recommandée par l'INRS, les Carsat et la jurisprudence, car un DUERP sans cotation ne permet pas de définir des priorités d'action.
La méthode de cotation G × F
La méthode la plus utilisée combine deux critères :
| Critère | Ce qu'il mesure | Question à se poser |
| Gravité (G) | La sévérité du dommage potentiel | Quel est le pire scénario si le risque se réalise ? |
| Fréquence (F) | La probabilité ou la fréquence d'exposition | À quelle fréquence le salarié est-il exposé à ce danger ? |
Criticité = Gravité × Fréquence
Échelle de gravité (G)
| Niveau | Gravité | Description | Exemples |
| 1 | Faible | Gêne, inconfort, douleur légère sans arrêt | Fatigue visuelle, inconfort thermique passager |
| 2 | Moyenne | Accident avec arrêt de travail ≤ 30 jours | Entorse, brûlure légère, lombalgie aiguë |
| 3 | Grave | Accident avec arrêt > 30 jours ou séquelles | Fracture, brûlure grave, surdité partielle |
| 4 | Très grave | Incapacité permanente ou décès | Amputation, chute mortelle, cancer professionnel |
Échelle de fréquence (F)
| Niveau | Fréquence | Description | Exemples |
| 1 | Rare | Exposition exceptionnelle (quelques fois par an) | Intervention de maintenance annuelle |
| 2 | Occasionnelle | Exposition régulière mais non quotidienne | Livraisons hebdomadaires, déplacements mensuels |
| 3 | Fréquente | Exposition quotidienne ou quasi quotidienne | Travail sur écran, port de charges quotidien |
| 4 | Permanente | Exposition continue pendant toute la durée du travail | Bruit permanent, posture statique, produit chimique en continu |
La matrice de criticité
| Rare (1) | Occasionnel (2) | Fréquent (3) | Permanent (4) |
| Très grave (4) | 4 – Moyen | 8 – Moyen | 12 – Élevé | 16 – Critique |
| Grave (3) | 3 – Faible | 6 – Moyen | 9 – Élevé | 12 – Élevé |
| Moyen (2) | 2 – Faible | 4 – Moyen | 6 – Moyen | 8 – Moyen |
| Faible (1) | 1 – Faible | 2 – Faible | 3 – Faible | 4 – Moyen |
Niveaux de criticité et actions requises
| Score | Niveau | Couleur | Action requise |
| 13-16 | Critique | Rouge | Action immédiate, arrêt possible de l'activité |
| 9-12 | Élevé | Orange | Action prioritaire dans le mois |
| 5-8 | Moyen | Jaune | Action planifiée dans le trimestre |
| 1-4 | Faible | Vert | Surveillance, maintien des mesures existantes |
Exemples concrets de cotation
Exemple 1 — Restaurant
| Danger | Risque | G | F | Criticité |
| Surfaces chaudes (four, plaques) | Brûlure | 3 | 4 | 12 – Élevé |
| Sol mouillé en cuisine | Chute de plain-pied | 2 | 4 | 8 – Moyen |
| Rythme de travail intense (service) | Stress, épuisement | 2 | 4 | 8 – Moyen |
| Produits de nettoyage concentrés | Brûlure chimique | 3 | 2 | 6 – Moyen |
Exemple 2 — Bureau / Tertiaire
| Danger | Risque | G | F | Criticité |
| Posture assise prolongée | TMS (dos, cou) | 2 | 4 | 8 – Moyen |
| Charge de travail (clôtures comptables) | Burn-out | 3 | 3 | 9 – Élevé |
| Déplacements clients en voiture | Accident de trajet | 3 | 2 | 6 – Moyen |
| Escalier non sécurisé | Chute | 2 | 3 | 6 – Moyen |
Exemple 3 — BTP
| Danger | Risque | G | F | Criticité |
| Travail en hauteur (échafaudage) | Chute mortelle | 4 | 4 | 16 – Critique |
| Poussières de silice | Silicose | 4 | 3 | 12 – Élevé |
| Manutention de parpaings | Lombalgie, TMS | 3 | 4 | 12 – Élevé |
| Bruit des outils électroportatifs | Surdité | 3 | 4 | 12 – Élevé |
Autres méthodes de cotation
| Méthode | Formule | Avantage | Idéale pour |
| G × F (standard) | Gravité × Fréquence | Simple, universelle | TPE/PME, tous secteurs |
| G × P × M | Gravité × Probabilité × Maîtrise | Tient compte des mesures existantes | Entreprises avec mesures de prévention avancées |
| Kinney | Gravité × Exposition × Probabilité | Plus fine, 3 critères | Industrie, chimie |
| INRS simplifiée | 3 niveaux (faible/moyen/élevé) | Très rapide | TPE, premier DUERP |
Important : Quelle que soit la méthode choisie, appliquez-la de manière cohérente et homogène dans tout le DUERP. Mélanger les méthodes rend la hiérarchisation impossible et fragilise le document en cas de contrôle.
Erreurs courantes de cotation
- Tout coter en « faible » : sous-évaluation systématique qui décrédibilise le DUERP
- Tout coter en « élevé » : si tout est prioritaire, rien ne l'est — impossible de hiérarchiser
- Confondre gravité et fréquence : un risque mortel rare n'est pas un risque faible
- Coter APRÈS les mesures : la cotation initiale doit évaluer le risque brut, avant les mesures existantes
- Ne pas documenter la méthode : indiquez dans le DUERP la grille et les seuils utilisés
Cotation brute vs cotation résiduelle
| Cotation | Définition | Quand l'utiliser |
| Cotation brute | Évaluation du risque SANS les mesures de prévention existantes | Pour mesurer l'importance intrinsèque du danger |
| Cotation résiduelle | Évaluation du risque AVEC les mesures de prévention en place | Pour mesurer le risque réel et les priorités d'action restantes |
Recommandation INRS : L'approche la plus complète combine les deux : cotation brute pour montrer l'importance du danger, puis cotation résiduelle pour évaluer l'efficacité des mesures existantes et identifier les actions complémentaires nécessaires.
« La cotation des risques n'a de sens que si elle s'appuie sur une observation réelle des conditions de travail et non sur une estimation théorique. La visite terrain et la participation des salariés sont indispensables pour une cotation pertinente. »
INRS, ED 840 – Évaluation des risques professionnels, 2024
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