Bruit au travail : évaluation et prévention

Le bruit est la troisième cause de maladie professionnelle en France. L'exposition prolongée à des niveaux supérieurs à 80 dB(A) peut entraîner une surdité irréversible. Les seuils réglementaires imposent des actions de prévention dès 80 dB(A) et le port obligatoire de protections auditives dès 85 dB(A).

80 dB(A)Seuil d'action
3MSalariés exposés
42%Surdités irréversibles
Conforme Art. R4121-1PDF immédiatMis à jour 2026

Qu'est-ce que le risque bruit au travail ?

Le risque bruit professionnel désigne toute exposition sonore susceptible de provoquer des lésions auditives irréversibles ou des effets extra-auditifs (stress, fatigue, troubles cardiovasculaires) chez les travailleurs. Le bruit est mesuré en décibels pondérés A — dB(A) — qui reflètent la sensibilité de l'oreille humaine.

On distingue le bruit continu (machines en fonctionnement), le bruit impulsionnel (coups de marteau, tirs de pistolet à clous) et le bruit fluctuant (circulation, activité intermittente). L'exposition prolongée à des niveaux supérieurs à 80 dB(A) sur 8 heures déclenche l'obligation d'action de l'employeur. Le bruit est souvent associé aux vibrations mécaniques, qui constituent un facteur de risque aggravant.

La surdité professionnelle est inscrite au tableau n°42 des maladies professionnelles du régime général. Elle est irréversible : une fois les cellules ciliées de l'oreille interne détruites, aucune régénération n'est possible.

Référence légale

« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, notamment par la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. »

Art. L.4121-1 du Code du travail

Pourquoi évaluer le risque bruit dans le DUERP ?

L'évaluation du bruit dans le DUERP est une obligation légale dès lors que des salariés sont potentiellement exposés à des niveaux supérieurs à 80 dB(A). Au-delà de l'aspect réglementaire, cette évaluation permet d'identifier les postes les plus exposés, de hiérarchiser les actions de prévention et de suivre l'évolution de l'exposition dans le temps.

Les entreprises qui négligent le risque bruit s'exposent à des contentieux en faute inexcusable de l'employeur, avec des indemnisations pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros par salarié atteint de surdité professionnelle.

Dosimétrie individuelle

Mesure de l'exposition sonore quotidienne via un exposimètre porté par le salarié pendant une journée complète de travail représentative.

Outil : Exposimètre individuel (norme NF EN ISO 9612)

Cartographie sonore

Réalisation d'une carte des niveaux sonores dans les locaux à l'aide d'un sonomètre intégrateur, identifiant les zones à risque.

Outil : Sonomètre intégrateur classe 1 ou 2

Analyse documentaire

Exploitation des fiches techniques machines, des mesurages antérieurs et des données constructeur pour estimer l'exposition sans mesurage sur site.

Outil : Base de données INRS Expo-bruit

Audiométrie de dépistage

Examen audiométrique réalisé par le médecin du travail pour détecter précocement une perte auditive chez les salariés exposés.

Outil : Audiomètre calibré

Quelles situations exposent au risque bruit ?

Le bruit au travail provient de sources multiples et touche de nombreux secteurs d'activité. Voici les principales situations d'exposition identifiées par l'INRS.

Machines-outils et équipements industriels

Tours, presses, scies circulaires, meuleuses et marteaux-piqueurs génèrent des niveaux sonores de 85 à 115 dB(A) en continu. L'exposition cumulée sur une journée de travail dépasse fréquemment les valeurs limites.

BTPIndustrieMenuiserieMétallurgie

Véhicules et engins de chantier

Pelleteuses, compacteurs, camions-bennes et chariots élévateurs produisent un bruit continu de 80 à 100 dB(A) auquel s'ajoute le bruit de la circulation environnante.

BTPTransportLogistique

Open spaces et centres d'appels

Bien qu'en dessous des seuils réglementaires (60-70 dB(A)), le bruit ambiant en open space provoque stress, fatigue et baisse de productivité — des effets extra-auditifs reconnus.

TertiaireInformatiqueCentres d'appels

Restauration et hôtellerie

Cuisine collective, extraction d'air, lave-vaisselle et brouhaha en salle : les niveaux sonores en restauration atteignent régulièrement 85-95 dB(A) en période de service.

RestaurationHôtellerieCollectivités

Agriculture et espaces verts

Tracteurs, tronçonneuses, tondeuses et souffleurs de feuilles exposent les travailleurs agricoles et paysagistes à des niveaux de 90 à 110 dB(A).

AgriculturePaysagismeEspaces verts

Comment prévenir le risque bruit ?

La prévention du bruit suit la hiérarchie des principes généraux de prévention (art. L.4121-2 du Code du travail). L'objectif est de réduire l'exposition à la source avant de recourir aux protections individuelles.

Réduction à la source

Remplacement des machines bruyantes

Investir dans des équipements à faible émission sonore. Exiger les données acoustiques dans les cahiers des charges d'achat.

Priorité haute

Maintenance préventive

Un entretien régulier (graissage, serrage, remplacement des pièces usées) peut réduire le bruit de 5 à 10 dB(A).

Priorité haute

Modification des procédés

Remplacer le rivetage par le vissage, le découpage par le laser, le martelage par le pressage hydraulique.

Priorité moyenne

Protection collective

Encoffrement des machines

Isoler acoustiquement les sources de bruit par des capotages, coffrages ou écrans acoustiques. Gain typique : 10 à 25 dB(A).

Priorité haute

Traitement acoustique des locaux

Poser des panneaux absorbants, des baffles suspendus et des revêtements de sol amortissants pour réduire la réverbération.

Priorité moyenne

Éloignement et zonage

Séparer les zones bruyantes des zones calmes. Signaler les zones à risque par un pictogramme « port de protections auditives obligatoire ».

Priorité moyenne

Protection individuelle

Bouchons d'oreilles moulés

Protections sur mesure assurant un affaiblissement de 20 à 35 dB selon le modèle, confortables pour un port prolongé.

Priorité haute

Casques antibruit actifs

Casques avec réduction active du bruit (ANC) permettant la communication tout en filtrant les fréquences dangereuses.

Recommandée

Organisation du travail

Rotation des postes

Alterner les tâches bruyantes et les tâches calmes pour réduire le temps d'exposition cumulé.

Priorité moyenne

Formation et sensibilisation

Former les salariés aux risques auditifs, au bon usage des EPI et aux premiers signes de perte auditive (acouphènes).

Priorité haute

Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.

Comment intégrer le risque bruit dans votre DUERP ?

L'intégration du risque bruit dans le Document Unique suit une démarche structurée en 5 étapes, de l'identification des sources à la planification des actions de prévention.

1

Identifier les sources de bruit

30 min

Cartographier toutes les sources sonores par unité de travail : machines, outils, process, environnement. Consulter les fiches techniques des équipements pour connaître les niveaux d'émission.

2

Mesurer ou estimer l'exposition

1-2h

Réaliser des mesurages (dosimétrie, sonométrie) ou utiliser la base INRS Expo-bruit pour estimer les niveaux d'exposition quotidienne des salariés.

3

Coter la gravité et la fréquence

20 min

Évaluer la gravité des conséquences (réversible vs irréversible) et la fréquence d'exposition (occasionnelle vs permanente) pour chaque situation identifiée.

4

Définir les mesures de prévention

30 min

Pour chaque situation à risque, déterminer les mesures existantes et les actions à mener, en respectant la hiérarchie de prévention (suppression > collectif > individuel).

5

Planifier et suivre

15 min

Inscrire les actions dans le programme annuel de prévention avec un responsable, un délai et un budget. Réévaluer à chaque modification des conditions de travail.

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Réglementation applicable au bruit

Le risque bruit est encadré par le Code du travail (partie IV, livre IV, titre III) qui transpose la directive européenne 2003/10/CE. Voici les textes clés.

Valeurs limites d'exposition

Art. R.4431-2

Valeur d'exposition déclenchant l'action (VAI) : 80 dB(A) ou 135 dB(C) crête. Valeur limite d'exposition (VLE) : 87 dB(A) ou 140 dB(C) crête, tenant compte de l'atténuation des protections auditives.

Évaluation des risques

Art. R.4431-1 à R.4431-4

L'employeur doit évaluer l'exposition au bruit de chaque travailleur, la consigner dans le DUERP et la renouveler au moins tous les 5 ans ou lors de tout changement significatif.

Mesures de prévention

Art. R.4432-1 à R.4432-5

Obligation de réduire le bruit à la source, de délimiter les zones à risque, de fournir des protections auditives et de former les salariés exposés.

Surveillance médicale renforcée

Art. R.4435-2

Les salariés exposés au-delà de 85 dB(A) bénéficient d'un suivi audiométrique par le médecin du travail. Audiogramme de référence à l'embauche, puis contrôle périodique.

Maladie professionnelle

Tableau n°42 (régime général)

Surdité provoquée par les bruits lésionnels. Délai de prise en charge : 1 an. Durée minimale d'exposition : 1 an. Déficit audiométrique minimal requis.

Questions fréquentes

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