Risque électrique : évaluation et prévention
Le risque électrique cause environ 200 accidents graves et 5 à 10 décès par an au travail en France. L'électrisation (passage du courant dans le corps) et l'arc électrique (brûlure thermique) sont les principaux dangers. L'habilitation électrique est obligatoire pour toute opération sur ou au voisinage d'installations électriques.
Sommaire
Qu'est-ce que le risque électrique ?
Le risque électrique recouvre l'ensemble des dangers liés au contact direct ou indirect avec des conducteurs sous tension, ou à l'exposition à un arc électrique. On distingue l'électrisation (passage du courant à travers le corps, non mortel) de l'électrocution (électrisation entraînant la mort). L'arc électrique, phénomène lumineux et thermique provoqué par un court-circuit, peut atteindre 20 000 °C et provoquer des brûlures gravissimes.
Les facteurs de gravité dépendent de l'intensité du courant, de la tension, de la durée de contact, du trajet du courant dans le corps et de la résistance corporelle (peau sèche ou humide). Un courant de 30 mA pendant 3 secondes peut provoquer une fibrillation ventriculaire mortelle.
Le risque électrique est souvent associé au risque incendie (25% des incendies d'entreprise sont d'origine électrique), au risque d'explosion en atmosphère ATEX, et nécessite l'utilisation d'équipements de protection conformes. L'habilitation électrique selon la norme NF C 18-510 est obligatoire pour tout travailleur intervenant sur ou à proximité d'installations électriques.
Référence légale« Les installations électriques des lieux de travail sont conçues et réalisées de façon à prévenir les risques de choc électrique, par contact direct ou indirect, et les risques de brûlure, d'incendie et d'explosion d'origine électrique. »
— Art. R.4226-1 du Code du travail
Pourquoi évaluer le risque électrique dans le DUERP ?
L'évaluation du risque électrique dans le DUERP est une obligation pour toute entreprise disposant d'installations électriques — c'est-à-dire toutes les entreprises. Les électriciens sont en première ligne, mais les agents de maintenance, les techniciens de bureau d'études et tout salarié utilisant des équipements branchés sont potentiellement exposés.
La gravité des accidents électriques est disproportionnée par rapport à leur fréquence : le taux de mortalité est 13 fois supérieur à la moyenne des accidents du travail. L'absence d'évaluation ou d'habilitation constitue une faute inexcusable automatique en cas d'accident.
Quelles situations exposent au risque électrique ?
Le risque électrique est présent dans tous les secteurs mais concentré sur certaines opérations spécifiques. Les situations les plus dangereuses surviennent lors d'interventions sur ou à proximité de conducteurs sous tension.
Travaux sur installations électriques
Interventions de maintenance, dépannage, raccordement ou modification d'installations basse et haute tension. Le risque est maximal lors des travaux sous tension (TST) ou en l'absence de consignation fiable.
Contact avec des lignes aériennes
Utilisation d'engins (grues, nacelles, camions-bennes) à proximité de lignes haute tension. Un arc électrique peut se produire sans contact direct, à une distance de 3 à 5 mètres selon la tension.
Utilisation de matériel électroportatif
Perceuses, meuleuses, aspirateurs industriels utilisés dans des conditions dégradées : câble endommagé, environnement humide, absence de prise de terre ou de dispositif différentiel.
Locaux techniques et armoires électriques
Intervention dans les tableaux de distribution, les TGBT, les postes de transformation. Risque d'arc électrique lors de manœuvres d'appareillage ou en cas de court-circuit.
Environnements humides ou conducteurs
Travail en milieu humide (cuisine, piscine, chantier extérieur), dans des enceintes conductrices (cuves métalliques, canalisations) ou en atmosphère chargée en poussières conductrices.
Comment prévenir le risque électrique ?
La prévention du risque électrique repose sur trois piliers : la conception conforme des installations, l'habilitation des intervenants et la mise en œuvre rigoureuse des procédures de consignation. Chaque intervention doit être préparée et encadrée selon la norme NF C 18-510.
Conception et conformité des installations
Mise en conformité NF C 15-100
S'assurer que les installations basse tension respectent la norme NF C 15-100 : protection différentielle 30 mA, mise à la terre, sectionnement, protection contre les surintensités.
Vérification périodique annuelle
Faire vérifier les installations par un organisme accrédité. Lever les observations et non-conformités signalées dans le rapport dans les délais impartis.
Protection contre les contacts indirects
Installer des dispositifs différentiels résiduels (DDR) de sensibilité adaptée : 30 mA pour les prises de courant, 300 mA pour les circuits de puissance.
Organisation des interventions
Consignation systématique
Appliquer la procédure de consignation en 4 étapes avant toute intervention : séparation, condamnation, vérification d'absence de tension (VAT), mise à la terre et en court-circuit (si HT).
Habilitation électrique NF C 18-510
Former et habiliter chaque intervenant selon son niveau : B0/H0 (non-électricien), B1/B2 (exécutant/chargé), BR (intervention), BC (consignation), BE (opérations spécifiques).
Autorisation de travail et fiches
Établir une autorisation de travail pour chaque intervention. Renseigner la fiche de manœuvre et la fiche de consignation. Communiquer clairement entre chargé d'exploitation et chargé de travaux.
Équipements de protection
EPI isolants
Fournir les gants isolants (vérification semestrielle), les tapis et tabourets isolants, les écrans faciaux anti-arc et les outils isolés 1 000 V conformes aux normes EN 60903 et EN 60900.
Vérificateurs d'absence de tension
Équiper chaque intervenant d'un VAT conforme (norme NF EN 61243). Vérifier le bon fonctionnement du VAT avant et après chaque utilisation sur une source connue.
Formation et secours
Formation initiale et recyclage
Formation théorique et pratique à l'habilitation électrique. Recyclage recommandé tous les 3 ans par l'INRS. Évaluation des compétences avant délivrance du titre d'habilitation.
Conduite à tenir en cas d'accident
Former les salariés aux gestes de premiers secours spécifiques : ne pas toucher la victime avant la coupure du courant, alerter les secours, utiliser le défibrillateur si disponible.
Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.
Comment intégrer le risque électrique dans votre DUERP ?
L'intégration du risque électrique dans le DUERP doit couvrir aussi bien les interventions des électriciens que l'utilisation quotidienne du matériel électrique par l'ensemble des salariés.
Recenser les installations et équipements
30 minLister toutes les installations électriques (TGBT, armoires, prises, éclairage), les équipements électroportatifs et les postes exposés. Inclure les installations temporaires (chantiers, événements).
Identifier les opérations à risque
30 minPour chaque unité de travail, lister les opérations d'ordre électrique : travaux neufs, maintenance préventive, dépannage, manœuvres d'exploitation, réarmement de disjoncteurs.
Vérifier les habilitations et formations
20 minContrôler la validité des habilitations de chaque intervenant. S'assurer que les non-électriciens travaillant à proximité d'installations possèdent une habilitation B0/H0.
Coter le risque par situation
20 minÉvaluer la gravité (brûlure, électrocution, incendie) et la probabilité (fréquence d'intervention, état des installations, respect des procédures). Les travaux sous tension sont systématiquement en risque maximal.
Planifier les actions de prévention
30 minProgrammer les mises en conformité, les renouvellements d'habilitation, les achats d'EPI et les vérifications périodiques. Intégrer le calendrier de formation dans le plan de prévention annuel.
Réglementation applicable au risque électrique
Le risque électrique est encadré par le Code du travail (partie IV, livre II, titre II, chapitre VI) et par la norme NF C 18-510 qui définit les prescriptions de sécurité pour les opérations sur ou à proximité d'ouvrages électriques.
Conception des installations
Art. R.4226-1 à R.4226-13Les installations électriques doivent être conçues pour prévenir les risques de choc électrique, de brûlure, d'incendie et d'explosion. Elles doivent respecter les normes en vigueur (NF C 15-100 pour la basse tension).
Opérations sur installations électriques
Art. R.4544-1 à R.4544-11Seuls les travailleurs habilités peuvent réaliser des opérations sur des installations électriques. L'employeur délivre l'habilitation après s'être assuré de la formation et de la compétence du salarié.
Vérification des installations
Art. R.4226-14 à R.4226-21Les installations électriques font l'objet d'une vérification initiale lors de la mise en service et de vérifications périodiques annuelles par un organisme accrédité ou une personne qualifiée.
Norme NF C 18-510
Norme NF C 18-510 (2012)Norme d'application obligatoire qui définit les prescriptions de sécurité pour les opérations d'ordre électrique et non électrique à proximité d'ouvrages. Base de la formation à l'habilitation.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Risques associés et métiers concernés