Rayonnements : évaluation et prévention
Les rayonnements professionnels comprennent les rayonnements ionisants (radiologie, nucléaire), les UV (soudage, soleil), les laser et les champs électromagnétiques. Chaque type a une réglementation spécifique et des mesures de prévention dédiées.
Sommaire
Qu'est-ce que le risque rayonnements au travail ?
Le risque rayonnements professionnels recouvre trois familles distinctes :
Les rayonnements ionisants (rayons X, rayons gamma, particules alpha et bêta) sont utilisés en radiologie médicale, en industrie nucléaire et en contrôle non destructif. Ils peuvent provoquer des cancers, des leucémies et des cataractes à long terme. La santé est le premier secteur exposé.
Les rayonnements optiques comprennent les UV (soudage à l'arc, travail en extérieur), l'infrarouge (verrerie, fonderie) et les lasers. Le risque principal est le « coup d'arc » (kératite) et les brûlures rétiniennes.
Les champs électromagnétiques (radiofréquences, micro-ondes) émis par les équipements industriels, les antennes-relais et les appareils IRM sont encadrés par la directive 2013/35/UE. Le risque est lié au risque électrique pour les courants induits. Le risque chimique est associé lorsque des produits radioactifs sont manipulés.
Référence légale« L'exposition des travailleurs aux rayonnements ionisants est maintenue au niveau le plus faible raisonnablement possible, en dessous des limites fixées par voie réglementaire. »
— Art. R.4451-10 du Code du travail (principe ALARA)
Pourquoi évaluer le risque rayonnements dans le DUERP ?
L'évaluation du risque rayonnements dans le DUERP est obligatoire dès que des sources de rayonnements sont présentes. Pour les rayonnements ionisants, la désignation d'une Personne Compétente en Radioprotection (PCR) et la réalisation d'une étude de poste sont des obligations légales.
Les effets des rayonnements ionisants sont cumulatifs et irréversibles. Le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) impose de réduire l'exposition au niveau le plus bas raisonnablement possible, pas seulement en dessous des limites.
Quelles situations exposent aux rayonnements ?
Les rayonnements touchent des secteurs très variés, de la santé à l'industrie en passant par le BTP et la recherche.
Radiologie et médecine nucléaire
Radiographie, scanner, radiothérapie, médecine nucléaire (injection de traceurs radioactifs). Les manipulateurs radio et les médecins sont les plus exposés.
Soudage à l'arc
Émission intense d'UV et d'IR lors du soudage à l'arc électrique. Le « coup d'arc » (kératite) peut survenir même pour les personnes se trouvant à proximité.
Contrôle non destructif (CND)
Utilisation de sources radioactives scellées (gammagraphie) ou de générateurs de rayons X pour contrôler les soudures, les pièces et les structures.
Travail en extérieur et UV solaires
Les travailleurs en extérieur (BTP, agriculture, paysagisme) sont exposés aux UV solaires. Le cancer de la peau (mélanome, carcinome) est reconnu comme maladie professionnelle dans certains pays.
Équipements à champs électromagnétiques
IRM (champs magnétiques intenses), fours à induction, soudage par radiofréquence, antennes-relais. Risques d'interférence avec les dispositifs médicaux implantés (pacemaker).
Comment prévenir le risque rayonnements ?
La prévention repose sur trois principes fondamentaux : le temps (réduire la durée d'exposition), la distance (s'éloigner de la source) et l'écran (interposer un blindage). Le principe ALARA guide toutes les décisions.
Protections collectives
Blindage et écrans
Murs plombés en radiologie, écrans en verre plombé, rideaux de soudage (DIN), enceintes blindées pour les sources. Dimensionnement par calcul de radioprotection.
Zonage et signalisation
Délimiter les zones réglementées (surveillée, contrôlée, interdite) avec signalisation normalisée (trèfle radioactif). Contrôle d'accès par badge ou clé.
Protection individuelle
EPI adaptés au type de rayonnement
Tablier plombé (rayons X), écran facial pour soudage (DIN 9-13), lunettes anti-UV (norme EN 170), crème solaire SPF50+ pour le travail extérieur.
Dosimétrie individuelle
Port obligatoire du dosimètre pour les travailleurs classés en catégorie A (> 6 mSv/an) ou B (> 1 mSv/an). Suivi des doses par l'IRSN (SISERI).
Organisation
Réduction du temps d'exposition
Planifier les interventions pour minimiser le temps passé en zone de rayonnement. Utiliser des systèmes télécommandés quand possible (bras manipulateurs).
Personne Compétente en Radioprotection (PCR)
Désigner une PCR formée et certifiée pour chaque installation. La PCR est responsable de l'évaluation des risques, du zonage et du suivi dosimétrique.
Surveillance médicale
Suivi individuel renforcé
Visite médicale d'aptitude avant l'affectation au poste, puis suivi renforcé. Surveillance ophtalmologique (cataracte), hématologique et thyroïdienne.
Carte de suivi médical
Carte individuelle de suivi médical remise au salarié, retraçant l'historique de ses expositions et les doses cumulées. Conservation des dossiers pendant 50 ans.
Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.
Comment intégrer le risque rayonnements dans votre DUERP ?
L'intégration du risque rayonnements dans le DUERP doit couvrir les trois types de rayonnements (ionisants, optiques, CEM) et s'appuyer sur les mesures dosimétriques et les études de poste.
Inventorier les sources de rayonnements
30 minRecenser toutes les sources : générateurs de rayons X, sources scellées, lasers, postes de soudage, fours, antennes, IRM. Consulter les autorisations ASN.
Vérifier le zonage et la signalisation
30 minContrôler la conformité du zonage (zones surveillée, contrôlée, interdite), de la signalisation et des dispositifs de contrôle d'accès.
Analyser les données dosimétriques
30 minExploiter les résultats de dosimétrie individuelle (SISERI) et les mesures d'ambiance pour vérifier le respect des limites et du principe ALARA.
Vérifier les mesures de prévention
30 minContrôler les blindages, les EPI, la formation de la PCR, le suivi médical et les procédures d'urgence (perte de source, sur-exposition).
Planifier les actions correctives
20 minProgrammer les contrôles techniques, les formations, les renouvellements d'EPI, les mises à jour du zonage et les améliorations des blindages si nécessaire.
Réglementation applicable aux rayonnements
Les rayonnements sont encadrés par des textes distincts selon leur nature : Code du travail pour les ionisants (articles R.4451-1 à R.4451-135), directives européennes pour les optiques et les CEM.
Rayonnements ionisants — limites de dose
Art. R.4451-12 à R.4451-16Dose efficace : 20 mSv/an (travailleurs), 1 mSv/an (public). Dose cristallin : 20 mSv/an. Dose extrémités : 500 mSv/an. Femme enceinte : retrait immédiat de l'exposition.
Personne Compétente en Radioprotection
Art. R.4451-103 à R.4451-114Désignation obligatoire d'une PCR certifiée par un organisme accrédité. Missions : évaluation, zonage, dosimétrie, formation, conseil. Certification renouvelée tous les 5 ans.
Rayonnements optiques artificiels
Directive 2006/25/CEValeurs limites d'exposition aux UV, à la lumière visible et aux IR. Transposée aux articles R.4452-1 à R.4452-31 du Code du travail.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Risques associés et métiers concernés