Écrans et TMS : évaluation et prévention
Le travail sur écran concerne plus de 20 millions de salariés en France. Il expose à la fatigue visuelle, aux TMS (cervicalgies, lombalgies, syndrome du canal carpien) et aux RPS. L'aménagement ergonomique du poste est une obligation de l'employeur.
Sommaire
Qu'est-ce que le risque écrans et TMS ?
Le risque lié au travail sur écran recouvre l'ensemble des atteintes à la santé provoquées par l'utilisation prolongée d'un poste informatique : écran de visualisation, clavier, souris et périphériques associés. Le Code du travail (art. R.4542-1 à R.4542-19) encadre spécifiquement les conditions de travail sur écran.
Les troubles se répartissent en trois catégories. La fatigue visuelle (asthénopie) se manifeste par des yeux secs, des céphalées et une vision trouble en fin de journée. Les TMS du membre supérieur (syndrome du canal carpien, tendinite de De Quervain, épicondylite) résultent de la répétition des mouvements de frappe et de manipulation de la souris. Les cervicalgies et dorsalgies proviennent d'une posture statique prolongée devant l'écran, aggravée par un poste de travail mal réglé. Le risque est souvent associé au défaut d'ergonomie du mobilier de bureau.
Le travail sur écran amplifie également la charge cognitive : la surcharge informationnelle et les interruptions fréquentes contribuent aux risques psychosociaux. Enfin, un éclairage inadapté (reflets sur l'écran, contrastes excessifs) aggrave considérablement la fatigue visuelle.
Référence légale« L'employeur est tenu de procéder à une analyse des conditions de travail des travailleurs utilisant un écran de visualisation et d'évaluer les risques pour leur santé et leur sécurité, notamment en ce qui concerne les risques éventuels pour la vue, les problèmes physiques et la fatigue mentale. »
— Art. R.4542-3 du Code du travail
Pourquoi évaluer le risque écrans dans le DUERP ?
L'évaluation du risque écrans dans le DUERP est obligatoire pour tout employeur dont les salariés utilisent de façon habituelle un écran de visualisation. Les TMS liés au travail sur écran représentent un coût considérable : en moyenne 45 jours d'arrêt pour un syndrome du canal carpien opéré, et des indemnités journalières qui grèvent le taux de cotisation AT/MP.
Cette évaluation permet d'identifier les postes les plus exposés — notamment dans les secteurs de l'informatique et du commerce tertiaire — et de planifier les actions d'aménagement ergonomique. Sans évaluation, l'employeur s'expose à une faute inexcusable en cas de maladie professionnelle reconnue.
Quelles situations exposent au risque écrans et TMS ?
Le travail sur écran concerne aujourd'hui la majorité des secteurs d'activité, bien au-delà du seul secteur informatique. Voici les principales situations d'exposition identifiées.
Saisie intensive et développement informatique
Les développeurs, rédacteurs, opérateurs de saisie et comptables passent plus de 6 heures quotidiennes sur écran avec une sollicitation intense des poignets et des doigts. Le risque de canal carpien est multiplié par 3 au-delà de 4 heures de frappe par jour.
Travail multi-écrans en supervision
Les opérateurs de vidéosurveillance, les traders et les contrôleurs aériens fixent plusieurs écrans simultanément, imposant des rotations cervicales répétées et une fatigue visuelle aggravée.
Accueil et caisses informatisées
Les hôtesses d'accueil, caissières et agents de comptoir alternent entre l'écran et le public, adoptant des postures de torsion cervicale fréquentes. L'écran est souvent mal positionné par rapport au flux client.
Télétravail avec équipement inadapté
Le travail à domicile sur un ordinateur portable, une table de cuisine ou un canapé supprime tous les réglages ergonomiques du bureau. La prévalence des TMS cervicaux a augmenté de 30% avec le télétravail généralisé.
Usage intensif d'appareils mobiles
L'utilisation prolongée de smartphones et tablettes professionnels impose une flexion cervicale prononcée (text neck) et des mouvements de précision du pouce sources de tendinopathies.
Comment prévenir les risques liés aux écrans ?
La prévention du risque écrans repose sur l'aménagement ergonomique du poste, l'organisation du temps de travail et la sensibilisation des salariés. L'objectif est de réduire les contraintes posturales et visuelles à la source.
Aménagement du poste de travail
Réglage optimal de l'écran
Haut de l'écran à hauteur des yeux, distance de 50-70 cm, inclinaison de 10-20°. Écran mat ou filtre anti-reflets. Pour les multi-écrans : l'écran principal face au regard, les secondaires en arc de cercle.
Clavier et souris ergonomiques
Clavier dissocié de l'écran (obligatoire art. R.4542-5), avant-bras à l'horizontale, repose-poignets en gel. Souris verticale ou trackball pour les utilisateurs intensifs.
Siège réglable et repose-pieds
Siège à 5 branches, assise réglable en hauteur et profondeur, dossier inclinable avec soutien lombaire. Repose-pieds si les pieds ne reposent pas à plat au sol.
Organisation du temps de travail
Pauses visuelles régulières (règle 20-20-20)
Toutes les 20 minutes, fixer un point à 20 pieds (6 mètres) pendant 20 secondes. Pause de 5 minutes toutes les heures de travail continu sur écran (art. R.4542-4).
Alternance des tâches
Varier les activités pour rompre la posture statique : alterner saisie, téléphone, réunions, déplacements. Limiter les séquences de saisie intensive à 2 heures consécutives.
Environnement visuel
Éclairage adapté au travail sur écran
Éclairement de 300 à 500 lux au plan de travail. Stores ou rideaux pour éviter les reflets directs. Pas de fenêtre dans le dos de l'utilisateur ni face à l'écran.
Réglage de l'affichage
Luminosité de l'écran adaptée à l'ambiance lumineuse, taille de police suffisante (minimum 3,5 mm de hauteur), mode sombre ou filtre lumière bleue en fin de journée.
Formation et suivi médical
Formation au réglage du poste
Former chaque salarié au réglage de son poste : hauteur du siège, position de l'écran, distance de vision, posture de référence. Fournir une fiche récapitulative illustrée.
Surveillance ophtalmologique
Examen de la vue avant l'affectation au poste, puis selon la périodicité définie par le médecin du travail. Prise en charge d'une correction visuelle adaptée si nécessaire (art. R.4542-9).
Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.
Comment intégrer le risque écrans dans votre DUERP ?
L'intégration du risque écrans dans le Document Unique concerne toutes les entreprises dont des salariés utilisent un écran de visualisation de façon habituelle, soit la quasi-totalité des entreprises françaises.
Identifier les postes sur écran
20 minRecenser tous les postes comportant un écran de visualisation par unité de travail. Inclure les postes de télétravail, les caisses informatisées et les postes de supervision multi-écrans.
Évaluer l'exposition par poste
1hPour chaque poste : durée quotidienne d'utilisation, type de tâches (saisie, lecture, conception graphique), nombre d'écrans, équipements disponibles (siège réglable, repose-poignets).
Coter le niveau de risque
30 minCroiser la durée d'exposition, la nature des tâches et la qualité de l'aménagement ergonomique. Un poste de saisie intensive 7h/jour sans équipement ergonomique = risque élevé.
Recenser les mesures existantes
20 minLister les aménagements déjà en place : écrans récents, sièges ergonomiques, formations dispensées, pauses organisées, suivi ophtalmologique. Évaluer leur efficacité réelle.
Planifier les actions correctives
30 minPrioriser les aménagements ergonomiques (postes les plus exposés en premier), planifier les formations, organiser le suivi ophtalmologique. Inscrire un budget et des échéances dans le programme annuel de prévention.
Réglementation applicable au travail sur écran
Le travail sur écran fait l'objet d'une réglementation spécifique dans le Code du travail, transposant la directive européenne 90/270/CEE relative au travail sur des équipements à écran de visualisation.
Analyse des conditions de travail
Art. R.4542-1 à R.4542-3L'employeur doit analyser les risques liés au travail sur écran (vue, posture, fatigue mentale) et prendre les mesures appropriées. L'évaluation doit être consignée dans le DUERP.
Aménagement du poste de travail
Art. R.4542-5 à R.4542-13Exigences relatives à l'écran (image stable, luminosité réglable), au clavier (dissocié de l'écran, inclinable), au siège (réglable en hauteur), à la table (surface mate, espace suffisant) et à l'environnement (bruit, température, éclairage).
Organisation du temps de travail
Art. R.4542-4L'activité sur écran doit être organisée de sorte que le travail quotidien comporte des interruptions périodiques ou des changements d'activité réduisant la charge de travail sur écran.
Surveillance médicale
Art. R.4542-17 à R.4542-19Examen approprié des yeux et de la vue avant l'affectation et périodiquement. Si l'examen révèle la nécessité d'une correction visuelle adaptée au travail sur écran, celle-ci est fournie sans frais pour le salarié.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Risques associés et métiers concernés