Écrans et TMS : évaluation et prévention

Le travail sur écran concerne plus de 20 millions de salariés en France. Il expose à la fatigue visuelle, aux TMS (cervicalgies, lombalgies, syndrome du canal carpien) et aux RPS. L'aménagement ergonomique du poste est une obligation de l'employeur.

20M+Salariés sur écran
53%Fatigue visuelle déclarée
6h/jDurée moyenne d'exposition
Conforme Art. R4121-1PDF immédiatMis à jour 2026

Qu'est-ce que le risque écrans et TMS ?

Le risque lié au travail sur écran recouvre l'ensemble des atteintes à la santé provoquées par l'utilisation prolongée d'un poste informatique : écran de visualisation, clavier, souris et périphériques associés. Le Code du travail (art. R.4542-1 à R.4542-19) encadre spécifiquement les conditions de travail sur écran.

Les troubles se répartissent en trois catégories. La fatigue visuelle (asthénopie) se manifeste par des yeux secs, des céphalées et une vision trouble en fin de journée. Les TMS du membre supérieur (syndrome du canal carpien, tendinite de De Quervain, épicondylite) résultent de la répétition des mouvements de frappe et de manipulation de la souris. Les cervicalgies et dorsalgies proviennent d'une posture statique prolongée devant l'écran, aggravée par un poste de travail mal réglé. Le risque est souvent associé au défaut d'ergonomie du mobilier de bureau.

Le travail sur écran amplifie également la charge cognitive : la surcharge informationnelle et les interruptions fréquentes contribuent aux risques psychosociaux. Enfin, un éclairage inadapté (reflets sur l'écran, contrastes excessifs) aggrave considérablement la fatigue visuelle.

Référence légale

« L'employeur est tenu de procéder à une analyse des conditions de travail des travailleurs utilisant un écran de visualisation et d'évaluer les risques pour leur santé et leur sécurité, notamment en ce qui concerne les risques éventuels pour la vue, les problèmes physiques et la fatigue mentale. »

Art. R.4542-3 du Code du travail

Pourquoi évaluer le risque écrans dans le DUERP ?

L'évaluation du risque écrans dans le DUERP est obligatoire pour tout employeur dont les salariés utilisent de façon habituelle un écran de visualisation. Les TMS liés au travail sur écran représentent un coût considérable : en moyenne 45 jours d'arrêt pour un syndrome du canal carpien opéré, et des indemnités journalières qui grèvent le taux de cotisation AT/MP.

Cette évaluation permet d'identifier les postes les plus exposés — notamment dans les secteurs de l'informatique et du commerce tertiaire — et de planifier les actions d'aménagement ergonomique. Sans évaluation, l'employeur s'expose à une faute inexcusable en cas de maladie professionnelle reconnue.

Questionnaire INRS sur écran

Auto-évaluation standardisée remplie par chaque salarié sur écran : confort visuel, posture, fréquence des pauses, symptômes ressentis (cervicalgies, fatigue visuelle, douleurs au poignet).

Outil : Questionnaire INRS ED 922

Audit ergonomique du poste

Analyse in situ du poste de travail par un ergonome ou un préventeur : hauteur d'écran, distance de vision, angle du regard, position du clavier et de la souris, réglage du siège.

Outil : Grille d'évaluation ergonomique (INRS)

Mesure de l'éclairage au poste

Mesure de l'éclairement au niveau de l'écran et de la zone de travail à l'aide d'un luxmètre, pour détecter les reflets, les éblouissements et les déséquilibres de luminance.

Outil : Luxmètre (norme NF EN 12464-1)

Analyse des absences et MP

Exploitation des données d'absentéisme et des déclarations de maladies professionnelles (tableau 57C — canal carpien) pour quantifier l'impact et cibler les postes prioritaires.

Outil : Registre AT/MP + données médecin du travail

Quelles situations exposent au risque écrans et TMS ?

Le travail sur écran concerne aujourd'hui la majorité des secteurs d'activité, bien au-delà du seul secteur informatique. Voici les principales situations d'exposition identifiées.

Saisie intensive et développement informatique

Les développeurs, rédacteurs, opérateurs de saisie et comptables passent plus de 6 heures quotidiennes sur écran avec une sollicitation intense des poignets et des doigts. Le risque de canal carpien est multiplié par 3 au-delà de 4 heures de frappe par jour.

InformatiqueComptabilitéAdministrationRédaction

Travail multi-écrans en supervision

Les opérateurs de vidéosurveillance, les traders et les contrôleurs aériens fixent plusieurs écrans simultanément, imposant des rotations cervicales répétées et une fatigue visuelle aggravée.

SécuritéFinanceTransportSupervision

Accueil et caisses informatisées

Les hôtesses d'accueil, caissières et agents de comptoir alternent entre l'écran et le public, adoptant des postures de torsion cervicale fréquentes. L'écran est souvent mal positionné par rapport au flux client.

CommerceGrande distributionHôtellerieBanque

Télétravail avec équipement inadapté

Le travail à domicile sur un ordinateur portable, une table de cuisine ou un canapé supprime tous les réglages ergonomiques du bureau. La prévalence des TMS cervicaux a augmenté de 30% avec le télétravail généralisé.

Tous secteurs tertiairesInformatiqueRHMarketing

Usage intensif d'appareils mobiles

L'utilisation prolongée de smartphones et tablettes professionnels impose une flexion cervicale prononcée (text neck) et des mouvements de précision du pouce sources de tendinopathies.

CommerceLogistiqueTransportServices

Comment prévenir les risques liés aux écrans ?

La prévention du risque écrans repose sur l'aménagement ergonomique du poste, l'organisation du temps de travail et la sensibilisation des salariés. L'objectif est de réduire les contraintes posturales et visuelles à la source.

Aménagement du poste de travail

Réglage optimal de l'écran

Haut de l'écran à hauteur des yeux, distance de 50-70 cm, inclinaison de 10-20°. Écran mat ou filtre anti-reflets. Pour les multi-écrans : l'écran principal face au regard, les secondaires en arc de cercle.

Priorité haute

Clavier et souris ergonomiques

Clavier dissocié de l'écran (obligatoire art. R.4542-5), avant-bras à l'horizontale, repose-poignets en gel. Souris verticale ou trackball pour les utilisateurs intensifs.

Priorité haute

Siège réglable et repose-pieds

Siège à 5 branches, assise réglable en hauteur et profondeur, dossier inclinable avec soutien lombaire. Repose-pieds si les pieds ne reposent pas à plat au sol.

Priorité haute

Organisation du temps de travail

Pauses visuelles régulières (règle 20-20-20)

Toutes les 20 minutes, fixer un point à 20 pieds (6 mètres) pendant 20 secondes. Pause de 5 minutes toutes les heures de travail continu sur écran (art. R.4542-4).

Priorité haute

Alternance des tâches

Varier les activités pour rompre la posture statique : alterner saisie, téléphone, réunions, déplacements. Limiter les séquences de saisie intensive à 2 heures consécutives.

Priorité moyenne

Environnement visuel

Éclairage adapté au travail sur écran

Éclairement de 300 à 500 lux au plan de travail. Stores ou rideaux pour éviter les reflets directs. Pas de fenêtre dans le dos de l'utilisateur ni face à l'écran.

Priorité haute

Réglage de l'affichage

Luminosité de l'écran adaptée à l'ambiance lumineuse, taille de police suffisante (minimum 3,5 mm de hauteur), mode sombre ou filtre lumière bleue en fin de journée.

Priorité moyenne

Formation et suivi médical

Formation au réglage du poste

Former chaque salarié au réglage de son poste : hauteur du siège, position de l'écran, distance de vision, posture de référence. Fournir une fiche récapitulative illustrée.

Priorité haute

Surveillance ophtalmologique

Examen de la vue avant l'affectation au poste, puis selon la périodicité définie par le médecin du travail. Prise en charge d'une correction visuelle adaptée si nécessaire (art. R.4542-9).

Priorité moyenne

Rappel : La prévention suit une hiérarchie stricte (art. L.4121-2 du Code du travail) : suppression du risque → substitution → protection collective → protection individuelle → formation et information.

Comment intégrer le risque écrans dans votre DUERP ?

L'intégration du risque écrans dans le Document Unique concerne toutes les entreprises dont des salariés utilisent un écran de visualisation de façon habituelle, soit la quasi-totalité des entreprises françaises.

1

Identifier les postes sur écran

20 min

Recenser tous les postes comportant un écran de visualisation par unité de travail. Inclure les postes de télétravail, les caisses informatisées et les postes de supervision multi-écrans.

2

Évaluer l'exposition par poste

1h

Pour chaque poste : durée quotidienne d'utilisation, type de tâches (saisie, lecture, conception graphique), nombre d'écrans, équipements disponibles (siège réglable, repose-poignets).

3

Coter le niveau de risque

30 min

Croiser la durée d'exposition, la nature des tâches et la qualité de l'aménagement ergonomique. Un poste de saisie intensive 7h/jour sans équipement ergonomique = risque élevé.

4

Recenser les mesures existantes

20 min

Lister les aménagements déjà en place : écrans récents, sièges ergonomiques, formations dispensées, pauses organisées, suivi ophtalmologique. Évaluer leur efficacité réelle.

5

Planifier les actions correctives

30 min

Prioriser les aménagements ergonomiques (postes les plus exposés en premier), planifier les formations, organiser le suivi ophtalmologique. Inscrire un budget et des échéances dans le programme annuel de prévention.

Notre plateforme automatise l'intégration de ce risque dans votre DUERP.

Réglementation applicable au travail sur écran

Le travail sur écran fait l'objet d'une réglementation spécifique dans le Code du travail, transposant la directive européenne 90/270/CEE relative au travail sur des équipements à écran de visualisation.

Analyse des conditions de travail

Art. R.4542-1 à R.4542-3

L'employeur doit analyser les risques liés au travail sur écran (vue, posture, fatigue mentale) et prendre les mesures appropriées. L'évaluation doit être consignée dans le DUERP.

Aménagement du poste de travail

Art. R.4542-5 à R.4542-13

Exigences relatives à l'écran (image stable, luminosité réglable), au clavier (dissocié de l'écran, inclinable), au siège (réglable en hauteur), à la table (surface mate, espace suffisant) et à l'environnement (bruit, température, éclairage).

Organisation du temps de travail

Art. R.4542-4

L'activité sur écran doit être organisée de sorte que le travail quotidien comporte des interruptions périodiques ou des changements d'activité réduisant la charge de travail sur écran.

Surveillance médicale

Art. R.4542-17 à R.4542-19

Examen approprié des yeux et de la vue avant l'affectation et périodiquement. Si l'examen révèle la nécessité d'une correction visuelle adaptée au travail sur écran, celle-ci est fournie sans frais pour le salarié.

Maladie professionnelle — Canal carpien

Tableau n°57C (régime général)

Le syndrome du canal carpien est reconnu comme maladie professionnelle (tableau 57C) pour les travaux comportant de façon habituelle des mouvements répétés ou prolongés d'extension du poignet.

Questions fréquentes

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