Qui doit rédiger le DUERP ?
La rédaction du DUERP est une responsabilité personnelle de l'employeur, non délégable juridiquement. Toutefois, il peut et doit s'appuyer sur des compétences internes (salariés, CSE) et externes (médecin du travail, SPST, consultants) pour garantir la qualité de l'évaluation des risques.
Sommaire
La responsabilité personnelle de l'employeur
L'article R4121-1 du Code du travail est sans ambiguïté : c'est l'employeur qui transcrit et met à jour les résultats de l'évaluation des risques dans le document unique. Cette responsabilité est personnelle et non délégable, même par une délégation de pouvoir en matière de sécurité.
Concrètement, même si l'employeur confie la rédaction matérielle du DUERP à un collaborateur, un prestataire externe ou le service de prévention et de santé au travail, il reste juridiquement responsable du contenu du document et de la qualité de l'évaluation. En cas de carence, c'est lui qui sera sanctionné.
La jurisprudence est constante sur ce point : la Cour de cassation considère que l'employeur ne peut s'exonérer en invoquant l'incompétence du prestataire auquel il a confié la rédaction. L'obligation d'évaluation des risques fait partie de l'obligation générale de sécurité de l'article L4121-1, qui impose de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
Référence légale« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
— Article L4121-1 du Code du travail
Important : la responsabilité pénale de l'employeur est engagée même s'il a confié la rédaction à un tiers. En cas d'accident du travail, c'est l'employeur qui sera mis en cause pour faute inexcusable.
Le salarié désigné compétent en SST
L'article L4644-1 du Code du travail impose à l'employeur de désigner un ou plusieurs salariés compétents pour s'occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels de l'entreprise. Ce salarié joue un rôle clé dans la coordination de l'élaboration du DUERP.
Le salarié désigné doit bénéficier d'une formation en santé et sécurité au travail et du temps nécessaire à l'exercice de ses missions. Il ne peut pas être pénalisé dans sa carrière du fait de cette mission. L'employeur doit mettre à sa disposition les moyens matériels et les informations utiles.
Si aucun salarié ne dispose des compétences requises, l'employeur peut faire appel à un IPRP (Intervenant en Prévention des Risques Professionnels) externe, enregistré auprès du DREETS, ou au service de prévention et de santé au travail interentreprises.
Missions du salarié compétent SST
| Mission | Détail | Fondement |
|---|---|---|
| Coordination DUERP | Organiser et piloter l'évaluation des risques | Art. L4644-1 CT |
| Observation terrain | Visiter les postes de travail, identifier les dangers | Circulaire DRT 6/2002 |
| Animation participative | Impliquer les salariés dans l'identification des risques | Art. L4121-3 CT |
| Suivi des actions | Suivre la mise en œuvre du plan de prévention | Art. L4121-3-1 CT |
| Veille réglementaire | Suivre l'évolution des obligations légales | Bonne pratique INRS |
Source : Code du travail, circulaire DRT n° 6 du 18 avril 2002
Le rôle du CSE dans l'élaboration
L'article L4121-3 du Code du travail, modifié par la loi du 2 août 2021, prévoit que l'évaluation des risques est réalisée en associant le CSE. Cette association va au-delà d'une simple information : elle implique une participation active des élus du personnel.
Dans les entreprises de 50 salariés et plus, le CSE doit être formellement consulté sur le DUERP et le PAPRIPACT. L'avis du CSE est consigné dans le procès-verbal de la réunion. L'employeur doit transmettre le DUERP aux membres du CSE dans un délai suffisant (15 jours minimum recommandés).
La CSSCT (Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail), obligatoire dans les entreprises de 300 salariés et plus, contribue directement à l'évaluation : visites d'inspection, enquêtes après accident, analyse des conditions de travail.
- Le CSE peut proposer des mesures de prévention supplémentaires lors de la consultation
- Les membres du CSE disposent d'un droit d'alerte en cas de danger grave et imminent
- Le refus de consulter le CSE constitue un délit d'entrave (1 an d'emprisonnement, 7 500 € d'amende)
- Les membres du CSE bénéficient d'une formation SSCT de 5 jours (premier mandat)
Dans les entreprises de moins de 11 salariés, il n'y a pas de CSE. L'employeur doit néanmoins associer les salariés à la démarche d'évaluation des risques.
L'apport du médecin du travail et du SPST
Le médecin du travail et le Service de Prévention et de Santé au Travail (SPST) jouent un rôle déterminant dans l'élaboration du DUERP. Leur contribution est à la fois réglementaire et technique.
Le médecin du travail apporte une expertise médicale unique : sa connaissance de l'état de santé des salariés, acquise lors des visites médicales, lui permet d'identifier des pathologies liées au travail révélant des risques insuffisamment évalués. Une augmentation des consultations pour lombalgies peut signaler un problème de manutention, des troubles du sommeil peuvent alerter sur des risques psychosociaux.
La fiche d'entreprise (article R4624-46) établie par le médecin du travail recense les risques professionnels identifiés et les effectifs exposés. C'est un document complémentaire précieux pour le DUERP.
Les IPRP (Intervenants en Prévention des Risques Professionnels) du SPST apportent des compétences techniques spécialisées : ergonomie, toxicologie, métrologie des expositions, psychologie du travail.
- Fiche d'entreprise à jour
Établie par le médecin du travail, à comparer avec le DUERP
- Visites de postes réalisées
Le médecin du travail observe les conditions réelles de travail
- Préconisations écrites
Recommandations formelles du médecin à intégrer au DUERP
- Mesurages techniques
Bruit, agents chimiques, éclairage, vibrations
- Suivi des expositions
Suivi individuel renforcé pour les postes à risques
Le recours aux intervenants extérieurs
L'employeur peut faire appel à des intervenants extérieurs pour l'aider dans l'élaboration de son DUERP, sans que cela ne le décharge de sa responsabilité. Plusieurs types de prestataires peuvent intervenir.
Les organismes institutionnels offrent un accompagnement gratuit : les CARSAT proposent des formations et des aides financières, l'OPPBTP accompagne les entreprises du BTP, les CCI et CMA organisent des ateliers pratiques.
Les consultants privés en prévention des risques professionnels peuvent réaliser des audits de sécurité et accompagner l'entreprise dans la rédaction. Vérifiez leurs qualifications car cette activité n'est pas réglementée. Les IPRP enregistrés auprès du DREETS offrent une garantie de compétence.
Les plateformes en ligne comme d-u-e-r-p.fr permettent de générer un DUERP complet en étant guidé pas à pas, solution particulièrement adaptée pour les TPE et PME.
Comparatif des ressources externes pour le DUERP
| Ressource | Coût | Accompagnement | Adapté à |
|---|---|---|---|
| SPST (offre socle) | Inclus dans cotisation | Conseil, visite, fiche entreprise | Toutes entreprises |
| CARSAT / CRAMIF | Gratuit | Formation, subventions prévention | TPE, PME |
| OIRA (INRS) | Gratuit | Outil en ligne sectoriel guidé | TPE (secteurs couverts) |
| Consultant IPRP | 500 à 5 000 € | Audit complet, rédaction, formation | PME, ETI |
| Plateforme d-u-e-r-p.fr | À partir de 49 € | Guidage étape par étape, PDF conforme | TPE, PME, associations |
Tarifs indicatifs constatés en 2026
Organiser la démarche participative
L'implication des salariés dans l'évaluation des risques est un facteur clé de qualité. Les salariés sont les premiers experts de leurs conditions de travail : ils connaissent les gestes et postures réels, les contraintes quotidiennes, les dysfonctionnements récurrents.
Plusieurs modalités de participation peuvent être mises en œuvre. Les entretiens individuels ou collectifs permettent de recueillir les perceptions des salariés sur les risques. Les questionnaires anonymes sont utiles pour évaluer les risques psychosociaux. Les groupes de travail thématiques réunissent des salariés concernés par un même risque. Les visites de postes accompagnées permettent d'observer les conditions réelles.
L'article L4121-3 précise que l'évaluation tient compte de l'impact différencié de l'exposition en fonction du sexe, ce qui nécessite de recueillir les retours de l'ensemble des salariés.
Une démarche participative bien menée permet d'identifier des risques qui échapperaient à une évaluation purement descendante et renforce l'adhésion des salariés aux mesures de prévention.
- Entretiens terrain : questions ouvertes sur les situations dangereuses rencontrées
- Questionnaire anonyme RPS : évaluer le stress, la charge mentale, les relations de travail
- Groupes de travail : 4-6 salariés par unité de travail, animés par le salarié compétent
- Boîte à idées prévention : permettre le signalement continu de situations dangereuses
- Restitution collective : partager les résultats avec tous les salariés
Comment organiser la rédaction du DUERP ?
La rédaction du DUERP nécessite une organisation structurée impliquant l'ensemble des acteurs de la prévention. Voici les étapes clés pour mener à bien cette démarche de manière conforme et efficace.
Désigner le salarié compétent SST
1 jourIdentifiez et désignez un salarié compétent en santé-sécurité au travail (article L4644-1). Formez-le si nécessaire et définissez ses moyens et son temps dédié.
Constituer le groupe de travail
1 jourRéunissez le salarié compétent, les membres du CSE, le médecin du travail et des salariés représentatifs de chaque unité de travail. Définissez le calendrier et la méthodologie.
Collecter les informations existantes
2 joursRassemblez la fiche d'entreprise du médecin du travail, les rapports d'accidents, les fiches de données de sécurité, les comptes-rendus du CSE et les résultats de mesurages.
Mener l'évaluation terrain participative
2-5 joursOrganisez les visites de postes, les entretiens individuels et collectifs, et les questionnaires. Identifiez les dangers dans chaque unité de travail avec les salariés concernés.
Rédiger, coter et valider le DUERP
1-2 joursTranscrivez les résultats, cotez chaque risque (gravité × fréquence), définissez les actions de prévention. Soumettez le document au CSE pour consultation.
Déposer et communiquer
1 jourDéposez le DUERP sur le portail numérique (si applicable), affichez les modalités d'accès et informez l'ensemble des salariés de sa disponibilité.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Guides, risques et métiers associés