Définir les unités de travail du DUERP
Les unités de travail sont le socle du DUERP. Définies par la circulaire DRT n° 6 du 18 avril 2002, elles regroupent les salariés exposés à des risques similaires. Un découpage pertinent conditionne la qualité de l'évaluation : ni trop global (risques masqués) ni trop détaillé (document inexploitable).
Sommaire
Qu'est-ce qu'une unité de travail ?
L'unité de travail est un concept central du DUERP, défini par la circulaire DRT n° 6 du 18 avril 2002. Elle désigne un regroupement de salariés exposés à des risques similaires dans des conditions de travail comparables.
L'unité de travail ne correspond pas nécessairement à un lieu physique ni à un service de l'organigramme. Elle peut regrouper des salariés de services différents exposés aux mêmes risques, ou distinguer des salariés du même service exposés à des risques différents.
La circulaire précise que l'unité de travail doit être comprise au sens large : poste de travail, ensemble de postes aux caractéristiques communes, atelier, service, lieu géographique ou situation de travail. L'important est que le regroupement soit cohérent du point de vue de l'exposition aux risques.
Le découpage en unités de travail est une étape préalable essentielle à l'évaluation des risques. Il structure l'analyse en regroupant les situations homogènes et garantit un DUERP ni trop global (masquant des risques) ni trop détaillé (inexploitable).
Référence légale« L'évaluation des risques ne se réduit pas à un relevé brut de données mais constitue un véritable travail d'analyse des modalités d'exposition des salariés à des dangers ou à des facteurs de risques. »
— Circulaire DRT n° 6 du 18 avril 2002
Les 5 critères de découpage
Le découpage en unités de travail s'appuie sur 5 critères, souvent combinés pour obtenir un regroupement pertinent.
Le critère géographique regroupe les salariés d'un même lieu : atelier de production, bureau open-space, entrepôt, véhicule de livraison, chantier extérieur. Pertinent quand les conditions d'ambiance physique (bruit, température, éclairage) sont déterminantes.
Le critère métier regroupe les salariés exerçant la même activité : soudeurs, caristes, assistants administratifs, cuisiniers. Pertinent quand les risques sont liés aux gestes, outils et équipements de la fonction.
Le critère organisationnel tient compte des horaires (travail de nuit, posté), du type de contrat (intérimaires, sous-traitants) ou du mode de management.
Le critère d'exposition spécifique justifie une unité dédiée : salariés exposés à l'amiante, aux CMR, ou à des risques psychosociaux particuliers.
Le critère de polyvalence : les salariés qui alternent entre plusieurs postes ou situations de travail nécessitent un traitement adapté couvrant l'ensemble de leurs expositions.
Les 5 critères de découpage des unités de travail
| Critère | Principe | Quand l'utiliser | Exemple |
|---|---|---|---|
| Géographique | Même lieu de travail | Ambiance physique déterminante | Atelier, entrepôt, bureau open-space |
| Métier | Même activité professionnelle | Risques liés aux gestes et outils | Soudeurs, caristes, cuisiniers |
| Organisationnel | Mêmes conditions d'organisation | Horaires atypiques, statuts spéciaux | Équipe de nuit, intérimaires |
| Exposition spécifique | Risque particulier identifié | Agents dangereux, risques graves | Exposition CMR, amiante |
| Polyvalence | Multi-postes alternés | Salariés polyvalents | Agent technique multi-sites |
En pratique, les critères sont combinés pour obtenir un découpage adapté à la réalité de l'entreprise
Exemples de découpage par secteur
Le découpage varie considérablement selon le secteur d'activité. Voici des exemples concrets pour les secteurs les plus fréquents.
Restaurant (4-5 unités) : cuisine (risques thermiques, coupures, chutes, manutention), salle (chutes, port de charges, contact clientèle), plonge (risques chimiques, humidité), réserve/chambre froide (manutention, températures extrêmes), bureaux administratifs (écrans, sédentarité).
BTP (4-5 unités par type de chantier) : terrassement (ensevelissement, engins), gros œuvre (chutes de hauteur, manutention lourde), second œuvre (chimique, poussières, électrique), atelier (machines-outils, soudage), déplacements (risque routier).
Commerce (3-4 unités) : surface de vente (manutention, contact clientèle, RPS), réserve/stockage (chutes d'objets, manutention), caisse (gestes répétitifs, RPS), bureaux.
Bureaux/Tertiaire (2-3 unités) : open-space (écrans, TMS, bruit), bureaux fermés (isolement, sédentarité), déplacements professionnels (routier).
Ces exemples sont indicatifs. Le découpage doit être adapté à la réalité de votre entreprise, pas copié d'un modèle générique. Impliquez les salariés pour identifier les situations réelles d'exposition.
Les 5 erreurs fréquentes à éviter
Cinq erreurs courantes compromettent la qualité du découpage en unités de travail.
Erreur 1 — Confondre unité de travail et organigramme. Le découpage par service (comptabilité, marketing, production) ne reflète pas les réalités d'exposition. Des salariés du marketing en open-space partagent les mêmes risques que ceux de la comptabilité au même étage.
Erreur 2 — Oublier les situations particulières. Les salariés en télétravail, commerciaux itinérants, personnels d'astreinte, intérimaires, stagiaires et sous-traitants doivent être couverts par le DUERP. Chacun peut nécessiter une unité dédiée.
Erreur 3 — Figer le découpage. Les unités doivent évoluer avec l'organisation : déménagement, réorganisation, nouveaux équipements ou extension d'activité imposent une révision lors de la mise à jour du DUERP.
Erreur 4 — Ne pas associer les salariés. Ils sont les mieux placés pour décrire leurs conditions réelles de travail. L'article L4121-3 impose d'associer les travailleurs à l'évaluation des risques.
Erreur 5 — Multiplier les unités à l'excès. Dans une TPE de 5 salariés, 3 à 5 unités suffisent. Trop d'unités rend le DUERP inexploitable et le suivi des actions impossible.
- Découpage basé sur l'exposition réelle
Pas sur l'organigramme ni les locaux seuls
- Tous les salariés couverts
Y compris télétravailleurs, intérimaires, sous-traitants, stagiaires
- Nombre d'unités proportionné
3-5 en TPE, 10-20 en PME, adapté à la complexité
- Salariés associés au découpage
Consultation des travailleurs et du CSE
- Révision à chaque mise à jour
Le découpage évolue avec l'organisation
Cas particuliers : télétravail et salariés itinérants
Le télétravail et les activités itinérantes posent des défis spécifiques pour le découpage en unités de travail.
Les télétravailleurs peuvent constituer une unité distincte avec des risques spécifiques : isolement professionnel, sédentarité accrue, ergonomie du poste à domicile non contrôlée, brouillage des frontières vie professionnelle/personnelle, risques psychosociaux liés à la charge mentale et à la déconnexion.
L'employeur reste tenu à son obligation de sécurité envers les télétravailleurs. Le DUERP doit identifier les risques liés au télétravail et prévoir des mesures de prévention : fourniture d'équipements ergonomiques, droit à la déconnexion, maintien du lien social, sensibilisation aux bonnes postures.
Les salariés itinérants (commerciaux, techniciens SAV, livreurs) sont exposés au risque routier, premier facteur d'accidents mortels du travail en France. Ils cumulent souvent : risque routier, fatigue liée aux déplacements, isolement, travail sur écran nomade, et expositions variables selon les sites visités.
Pour ces populations, le DUERP doit couvrir l'ensemble des situations de travail, y compris les déplacements et les interventions chez des tiers.
- Télétravail : unité spécifique avec risques ergonomiques, psychosociaux et d'isolement
- Commerciaux itinérants : risque routier + expositions variables selon les sites visités
- Techniciens SAV : risques liés aux interventions sur sites extérieurs + déplacements
- Travailleurs multi-sites : cumul des expositions de chaque site à évaluer
- Intérimaires : inclusion dans les unités existantes + risques liés à la méconnaissance du poste
Comment définir les unités de travail de votre DUERP ?
Le découpage en unités de travail est la première étape de l'évaluation des risques. Voici la méthode pour un découpage pertinent et opérationnel.
Lister toutes les situations de travail
½ journéeRecensez l'ensemble des activités, postes, lieux et conditions de travail de votre entreprise. N'oubliez pas le télétravail, les déplacements et les interventions extérieures.
Identifier les critères de regroupement
2 heuresPour chaque situation, déterminez les critères pertinents : géographique, métier, organisationnel, exposition spécifique ou polyvalence.
Constituer les unités homogènes
2 heuresRegroupez les salariés exposés à des risques similaires dans des conditions comparables. Visez 3-5 unités en TPE, 10-20 en PME.
Associer les salariés et le CSE
1 réunionPrésentez le découpage proposé aux salariés et au CSE. Recueillez leurs observations pour vérifier la cohérence avec la réalité du terrain.
Valider et documenter
2 heuresFormalisez le découpage avec : nom de chaque unité, liste des postes et salariés concernés, principaux risques identifiés. Ce découpage est le cadre de votre évaluation.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Guides, risques et métiers associés